Imagerie de l'amyloïde

Qu’est-ce que la bêta-amyloïde et quel est le rôle de cette protéine dans la maladie d’Alzheimer?

Les « plaques » constituées de protéine bêta-amyloïde observées au niveau du cerveau sont une des caractéristiques typiques de la maladie d’Alzheimer. Nous savons cependant que les effets de la bêta-amyloïde sur le cerveau humain et sur les capacités cognitives ne sont pas clairement établis. La recherche a par exemple montré que jusqu’à un tiers des personnes âgées sans aucun trouble cognitif présentaient pourtant une accumulation de bêta-amyloïde au niveau du cerveau1. De même, la protéine bêta-amyloïde peut être observée au niveau cérébral pendant plusieurs années avant que ne surviennent les symptômes caractéristiques d’une maladie neurodégénérative2. En outre, parmi les personnes en bonne santé mais présentant une accumulation cérébrale de bêta-amyloïde, nous ne savons pas combien d’entre elles développeront une maladie d’Alzheimer.

Comment pouvons-nous mesurer la bêta-amyloïde dans le cerveau?

Grâce aux avancées de la recherche au cours des dix dernières années, de nouvelles techniques de neuro-imagerie plus sophistiquées permettent désormais de détecter la présence de bêta-amyloïde dans le cerveau. L’utilisation en particulier de « traceurs » spécifiques se liant à la bêta-amyloïde permet dorénavant de mesurer grâce à la tomographie à émission de positrons (TEP) la quantité de bêta-amyloïde présente dans le cerveau.

Ou utilise-t-on l’imagerie amyloïde?

Au Canada, l’utilisation de l’imagerie amyloïde n’a pas encore été approuvée dans la pratique médicale clinique bien que certaines études de recherche canadiennes aient déjà recours à cette technique. L’imagerie amyloïde est par contre déjà utilisée aux États-Unis. La Food and Drug Administration des États-Unis (FDA) a approuvé cette technique en 2012. Cette même année, d’éminents experts canadiens des maladies neurodégénératives ont présenté des recommandations concernant l’utilisation de l’imagerie amyloïde à la 4e Conférence canadienne consensuelle sur le diagnostic et le traitement des maladies neurodégénératives (CCCDTD4)3. Durant cette conférence, les experts ont convenu qu’il était encore trop tôt pour utiliser l’imagerie amyloïde à grande échelle au Canada et que d’autres travaux de recherche étaient nécessaires afin de valider et de mieux évaluer cette nouvelle technique. Parallèlement, ils ont mis en garde les personnes ayant eu un examen par imagerie amyloïde à l’extérieur du Canada en leur recommandant de faire interpréter les résultats obtenus par un spécialiste à l’aise avec cette nouvelle technique.

Quand devrait-on utiliser l’imagerie amyloïde?

Le potentiel de l’imagerie amyloïde est immense aussi bien en tant qu’outil de diagnostic des maladies neurodégénératives (y compris pour différencier les types de troubles dégénératifs)4 mais également pour améliorer la prise en charge médicale. Cependant, de nombreuses interrogations subsistent. Bien que le statut règlementaire de l’imagerie amyloïde soit différent entre le Canada et les États-Unis, les experts des deux côtés de la frontière reconnaissent que cette technique, utilisée seule, ne peut permettre d’établir un diagnostic de maladie d’Alzheimer ou de tout autre trouble neurodégénératif3,5. Si cette technique devient accessible au Canada, elle devra toujours être utilisée parallèlement à un examen clinique complet et approfondi et en consultation avec des spécialistes3. De plus, nous ne connaissons pas la proportion de personnes avec une imagerie amyloïde positive qui développera ultérieurement une maladie d’Alzheimer. Par conséquent, cette technique ne devra pas être utilisée comme méthode de dépistage chez des personnes ne présentant aucun trouble dégénératif3,5; dans ce cas précis, les préjudices potentiels l’emporteraient sur les avantages escomptés.

Notes en bas de page

  1. Rowe CC, et al. Amyloid imaging results from the Australian Imaging, Biomarkers and Lifestyle (AIBL) study of aging. Neurobiol Aging. 2010 Aug;31(8):1275-83.
  2. Villemagne VL et al. Longitudinal assessment of Aβ and cognition in aging and Alzheimer disease. Ann Neurol. 2011 Jan;69(1):181-92.
  3. Gauthier S, Patterson C, Chertkow H, Gordon M, Herrmann N, Rockwood K, Rosa-Neto P, Soucy JP. Recommendations of the 4th Canadian Consensus Conference on the Diagnosis and Treatment of Dementia (CCCDTD4). Can Geriatr J. 2012 Dec;15(4):120-6.
  4. Laforce R Jr, Rabinovici GD. Amyloid imaging in the differential diagnosis of dementia: review and potential clinical applications. Alzheimers Res Ther. 2011 Nov 10;3(6):31.
  5. Johnson KA, Minoshima S, Bohnen NI, Donohoe KJ, Foster NL, Herscovitch P, Karlawish JH, Rowe CC, Carrillo MC, Hartley DM, Hedrick S, Pappas V, Thies WH. Appropriate use criteria for amyloid PET: a report of the Amyloid Imaging Task Force, the Society of Nuclear Medicine and Molecular Imaging, and the Alzheimer's Association. Alzheimers Dement. 2013 Jan;9(1):e-1-16.

Last Updated: 04/12/2013