La conduite automobile et les maladies cognitives : une question délicate

Recevoir un diagnostic de maladie cognitive est difficile à accepter. Mais plus difficile encore, pour certaines personnes, est l'idée de perdre son permis de conduire et l'indépendance qu'une voiture représente.

Même si une personne atteinte d'une maladie cognitive légère n'est pas nécessairement inapte à la conduite, les statistiques nous montrent qu'il est important de prendre la bonne décision. En effet, les personnes âgées atteintes d'une maladie cognitive légère risquent huit fois plus d'entrer en collision que les personnes dont la fonction cognitive est normale. Le risque d'avoir un grave accident dans les deux ans après le diagnostic augmente également de 50%.

Le problème c'est que les personnes atteintes d'une maladie cognitive ne réalisent souvent pas que leurs aptitudes au volant se sont détériorées, et les médecins ne disposent pas d'outils objectifs pour en faire l'évaluation. Quoi qu'il en soit, dans certaines provinces les médecins doivent signaler les patients qui semblent ne plus être en mesure de conduire de façon sécuritaire.

Il serait également important de communiquer avec votre compagnie d’assurance automobile pour lui transmettre l'information obtenue auprès de votre médecin. Des modifications seront peut-être apportées à votre couverture selon votre cas particulier. L’omission de divulguer un diagnostic pourrait affecter votre police d’assurance.

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« Il s'agit d'une question délicate, déclare le Dr Tom Schweizer, neuroscientifique à l'Hôpital St. Michael de Toronto. L'évaluation est ambiguë, subjective, et se fait patient par patient. »

Les médecins peuvent évaluer la fonction exécutive, les aptitudes visuelles et spatiales, la mémoire à court terme et le temps de réaction. Ces examens offrent une vue d'ensemble des aptitudes cognitives et peuvent aider à établir un diagnostic de maladie cognitive, mais non pas à évaluer les aptitudes au volant.

Les choses se compliquent lorsqu'un automobiliste reçoit un diagnostic de maladie cognitive légère. Les directives de l'AMC ne précisent pas s'il faut le signaler au ministère. Au mieux, le médecin doit se contenter d'une approximation des capacités de la personne au volant.

Le Dr Schweizer aimerait apporter une solution. Il mène à l'heure actuelle une étude de deux ans avec son équipe de l'Hôpital St. Michael pour mieux comprendre les types de problèmes éprouvés au volant par les automobilistes atteints d'une maladie cognitive et les régions du cerveau mises en cause.

Grâce à une aide financière du Programme de recherche de la Société Alzheimer, le Dr Schweizer et son équipe procèdent à la numérisation par balayage du cerveau de trois groupes de 15 personnes alors qu'elles sont au volant d'un simulateur de conduite. Les personnes du premier groupe ne présentent aucun problème de santé, celles du deuxième ont reçu un diagnostic de déficience cognitive légère et celles du troisième de maladie d'Alzheimer au stade précoce.

Suivre de près le cerveau des conducteurs en pleine action

Ce qui rend cette étude unique, c'est qu'elle utilise un simulateur de conduite très réaliste à l'intérieur d'un appareil d'imagerie à résonnance magnétique. Cela signifie que les chercheurs peuvent voir ce qui se passe dans le cerveau de la personne lorsqu'elle effectue toutes les manœuvres nécessaires à la conduite prudente.

« Le simulateur est équipé d'un accélérateur, d'un frein et d'un volant, poursuit le Dr Schweizer. Il est presque aussi réaliste qu'une vraie voiture. »

La plupart des accidents surviennent lors d'un virage à gauche sur une intersection achalandée. Le Dr Schweizer et son équipe s'attendent à ce que les personnes atteintes d'une déficience cognitive légère ou de la maladie d'Alzheimer au stade précoce éprouvent des difficultés avec cette manœuvre.

Puisque le lobe frontal est associé à la capacité d'attention et de planification dans le but d'effectuer une telle manœuvre, il est probable que cette région du cerveau montre moins d'activités dans ces deux groupes.

En raison des coûts élevés et de la trop grande demande, il n'est pas possible d'utiliser pour tout le monde l'imagerie par résonnance magnétique pour évaluer les capacités à la conduite automobile. Toutefois, lorsque le Dr Schweizer et son équipe auront identifié les régions du cerveau importantes pour la conduite, ils seront en mesure de mettre au point des tests comportementaux qui cernent les problèmes dans ces régions du cerveau.

Les médecins pourront ensuite faire passer ces tests en sachant qu'ils offrent une évaluation précise et rigoureuse de la capacité de la personne à conduire en toute sécurité.

« En raison du vieillissement de la population, nous savons que le nombre de conducteurs atteints d'une maladie cognitive ira en augmentant, conclut le Dr Schweizer. Nous avons besoin de tests précis pour bien mesurer les capacités à la conduite. »

Vous voulez offrir de meilleurs soins aux personnes atteintes de l'Alzheimer ou d'une maladie apparentée et guérir ces maladies? Le Programme de recherche de la Société Alzheimer finance les projets de recherche les pus prometteurs. Peu importe ce que vous donnez aujourd'hui, vous nous aiderez à atteindre notre objectif plus rapidement.

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Last Updated: 08/22/2016