La connaissance de deux ou de plusieurs langues peut nous protéger contre l’Alzheimer, mais rend la maladie plus difficile à détecter

Quand les mots nous échappent, la Dre Vanessa Taler en fait son affaire. Professeure de psychologie à l’Université d’Ottawa, elle étudie les liens entre les troubles de la mémoire et les déficiences du langage chez les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer.

« Je m’intéresse beaucoup aux langues, déclare la chercheuse de l’Institut de recherche Bruyère. Ma mère est salvadorienne et ma grand-mère russe. J’ai appris le français au Canada et l’espagnol au Salvador, mais j’ai grandi en Nouvelle-Zélande. J’ai toujours pensé que c’était super de parler plusieurs langues. »

Même si la chercheuse trilingue ne parlait qu’anglais dans son enfance, ses parents pouvaient communiquer à tout moment dans un méli-mélo de serbo-croate, de russe et d’espagnol.

L’intérêt de la Dre Taler pour la sociolinguistique, la psychologie et les troubles cognitifs chez les populations âgées s’est manifesté alors qu’elle était étudiante à Montréal.

Elle savait que la détérioration verbale était depuis longtemps considérée comme un indicateur majeur de l’apparition de la maladie d’Alzheimer. Mais la Dre Taler avait également remarqué qu’il y avait un problème dans la manière dont les médecins cliniciens évaluaient la fonction cognitive.

L’épreuve de dénomination des images, mise au point aux États-Unis pour évaluer le déclin dans la fonction du langage, a été normalisée pour une langue seulement, généralement l’anglais. Grâce à une subvention de 118 000 $ du programme de recherche de la Société Alzheimer, la Dre Taler et son équipe de chercheurs de Québec et d’Ottawa travaillent maintenant à la mise au point d’outils diagnostiques pour les personnes bilingues, qui parlent le français et l’anglais.

« J’aimerais savoir comment on peut diagnostiquer la maladie chez les personnes bilingues au Canada, déclare-t-elle. Il s’agit d’une bonne partie de la population et les médecins doivent être à la hauteur des circonstances. »

VanessaTaler

Dans un contexte de prévalence accrue de la maladie d’Alzheimer en raison d’une plus longue espérance de vie, le travail de la Dre Taler pourrait jouer un rôle important dans l’évaluation de l’apparition de la maladie d’Alzheimer au Canada.

Son épreuve informatisée de dénomination des images présente les images sur un écran que le patient doit identifier dans l’une ou l’autre des langues de son choix. Selon les réponses données, un algorithme décide de l’image qui suivra et détermine s’il faut augmenter ou diminuer le niveau de difficulté.

La Dre Taler souligne que les personnes monolingues et multilingues traitent le langage de manière différente. « Si vous pensez à un dictionnaire mental, les personnes bilingues disposent de toute une série d’autres mots que les personnes monolingues ne connaissent pas, parce que les personnes bilingues font appel à cette deuxième langue. Cela peut causer des interférences entre les langues. Cela explique pourquoi les personnes bilingues obtiennent de moins bons résultats dans les tâches langagières, mais il ne s’agit pas nécessairement des premiers signes de la maladie d’Alzheimer. »

« Il s’agit d’un problème majeur lorsque vous parlez aux médecins, poursuit la Dre Taler. Jusqu’à maintenant, il a été difficile d’évaluer les patients bilingues en raison d’un manque de normes adéquates et d’activités langagières adaptées à cette population. » Plus de la moitié de la population mondiale est multilingue, et près d’un cinquième de la population canadienne parle les deux langues officielles. Nous savons que la population vieillit et que la maladie d’Alzheimer sévit de plus en plus. Nous devons faire quelque chose. Ce problème se répercutera à divers niveaux si nous ne réussissons pas à le maîtriser. »

Le but ultime de la Dre Taler, en plus de mettre au point des outils diagnostiques pour les personnes bilingues qui parlent le français et l’anglais, est d’inciter d’autres chercheurs à faire avancer la recherche dans d’autres combinaisons linguistiques.

Depuis 25 ans, le Programme de recherche de la Société Alzheimer (PRSA) finance la recherche menée au Canada et évaluée par des pairs. Les projets acceptés ont pour objectif d’améliorer la prévention, le diagnostic et le traitement de l’Alzheimer et des maladies apparentées, et d’en arriver un jour à les guérir. À ce jour, plus de 40 millions de dollars ont été investis dans la recherche, dont celle de la Dre Vanessa Taler.

Obtenez de plus amples renseignements sur le PRSA et les autres récipiendaires.
Obtenez de plus amples renseignements sur l’Alzheimer et les maladies apparentées et sur les façons de réduire vos risques.


Last Updated: 08/22/2016