Le risque d'utiliser des médicaments antipsychotiques pour traiter les troubles neurocognitifs

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La Société Alzheimer recommande que les médicaments antipsychotiques ne soient utilisés qu’en dernier recours pour traiter les symptômes comportementaux et psychologiques de la maladie d’Alzheimer et des autres troubles neurocognitifs, particulièrement chez les adultes plus âgés. Au lieu de cela, la Société recommande en premier lieu des soins centrés sur la personne.

Senior woman being helped by nurse.

Contexte

En plus des déficiences cognitives, les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ou d’un autre trouble neurocognitif peuvent éprouver des changements d’humeur et de comportement, comme :

  • l’agression;
  • les délires;
  • les hallucinations;
  • l’agitation;
  • l’errance;
  • l’apathie; et
  • les troubles de l’humeur (dans certains cas).

Ces symptômes peuvent apparaître, changer ou s’aggraver à mesure de la progression de la maladie.

Alors que les médicaments antipsychotiques sont généralement prescrits pour gérer les troubles psychotiques, comme la schizophrénie et les troubles bipolaires, ils sont aussi utilisés pour traiter les symptômes psychologiques et comportementaux de la maladie d’Alzheimer ou d’autres troubles neurocognitifs.

Ces médicaments sont souvent administrés dans les établissements de soins de longue durée, où les personnes atteintes d’un trouble neurocognitif présenteront des symptômes avancés et demanderont des soins en tout temps.

Quels sont les problèmes?

Prescription excessive

Au Canada, on prescrit des médicaments antipsychotiques à environ un tiers (ou 30,2 %) des personnes en établissement de soins de longue durée.

Cette pratique est contraire aux critères définis dans le American Geriatrics Society Beers Criteria for Potentially Inappropriate Medication use in Older Adults.

Selon ces critères, les médicaments antipsychotiques ne doivent être utilisés par les personnes atteintes d’un trouble neurocognitif que si :

  • les problèmes de comportement ne s’améliorent pas après avoir adopté des approches non médicamenteuses;
  • les personnes menacent de se blesser ou de blesser autrui; et
  • s’ils ne sont pas utilisés pendant plus de 6 à 12 semaines.

Utilisation irrégulière

L’utilisation de médicaments antipsychotiques au Canada varie également considérablement d’une province à l’autre, et d’un établissement de soins de longue durée à l’autre.

Cette situation existe malgré le fait qu’il n’y a que peu de différences entre les résidents dans les établissements de soins de longue durée par rapport aux autres établissements, ou dans une province par rapport à une autre.

En Ontario, par exemple, les résidents des établissements de soins de longue durée sont trois fois plus susceptibles de recevoir un médicament antipsychotique, s’ils vivent dans un établissement de soins de longue durée au fort taux de prescription, au lieu d’un établissement de soins de longue durée au faible taux de prescription.

Les risques

À mesure que le corps vieillit, il réagit différemment aux médicaments. Cela expose les adultes plus âgés à un risque plus élevé d’événements indésirables provoqués par les médicaments.

En particulier, les médicaments antipsychotiques ont été liés à un risque plus élevé de chutes, de diabète et de maladies cardiaques. On a aussi plus tendance à prescrire plusieurs médicaments aux adultes plus âgés, ce qui augmente le risque des interactions médicamenteuses négatives.

On rapporte aussi des taux plus élevés d’admission à l’hôpital ou de décès après une brève utilisation de médicaments antipsychotiques chez les adultes plus âgés, ce qui suggère que ces médicaments devraient être prescrits avec une extrême prudence.

Notre position

La Société Alzheimer recommande que les médicaments antipsychotiques ne soient utilisés qu’en dernier recours pour traiter les symptômes comportementaux et psychologiques de la maladie d’Alzheimer et des autres troubles neurocognitifs, particulièrement chez les adultes plus âgés.

La Société encourage les professionnels de la santé de tous les environnements de soins à adopter une approche centrée sur la personne atteinte d’un trouble neurocognitif.

  • Lorsque les membres du personnel prennent le temps de comprendre chaque personne en tant qu’être humain ayant des besoins, des préférences et des valeurs uniques, ils sont plus à même de reconnaître leurs comportements, d’éliminer les déclencheurs qui pourraient être à l’origine de ces comportements et d’offrir des soins plus personnalisés.
  • Lorsqu’elle est mise en pratique, cette approche peut réduire, voire éliminer l’utilisation de médicaments antipsychotiques.

Au cas où ces médicaments doivent être prescrits, la Société Alzheimer recommande :

  • Aux membres du personnel et à la personne atteinte de s’informer des risques, des bienfaits et des effets secondaires.
  • De surveiller régulièrement la prise de ces médicaments et d’arrêter de les prendre immédiatement si des effets indésirables se manifestent.
  • De suivre les directives recommandées sur la pratique afin d’évaluer l’efficacité des médicaments antipsychotiques et de cesser leur utilisation si on ne remarque aucun bienfait pour la personne.

La Société insiste pour que plus de formations soient offertes aux travailleurs de la santé et pour mieux les sensibiliser aux pratiques particulières relatives aux troubles neurocognitifs et à celles centrées sur la personne. Grâce à de meilleures compétences et de plus grandes connaissances, les membres du personnel peuvent offrir des soins de meilleure qualité dont toutes les personnes atteintes ont besoin, et méritent à juste titre.