L'ergothérapie au coeur de l'accompagnement en fin de vie

Haut-Richelieu

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Alexandre Nadeau-OEQ

Alexandre Nadeau, erg., M. Erg., ASC, C.Dir. et président de l’Ordre des ergothérapeutes du Québec nous parle de l’ergothérapie au cœur de l’accompagnement en fin de vie.

 

 

La fin de vie est un moment profondément humain, marqué par des défis physiques, émotionnels et sociaux. Au-delà des soins médicaux, il existe des approches centrées sur la qualité de vie et la dignité de la personne. Peu connue du grand public, l’ergothérapie joue pourtant un rôle essentiel pour accompagner les personnes dans les derniers moments de leur vie, en soins palliatifs ou en phase terminale, ainsi que leurs proches.

Contrairement à l’idée reçue selon laquelle l’ergothérapeute se limite à installer un équipement ou à adapter un domicile, son rôle va beaucoup plus loin. En fin de vie, il s’agit d’aider la personne à vivre pleinement les occupations qui ont du sens pour elle, même si la maladie progresse, comme pour un trouble neurocognitif tel que l’Alzheimer. L’ergothérapeute travaille avec la personne, son entourage et les autres soignants afin d’optimiser le confort, la sécurité et la participation aux activités significatives.

Concrètement, son intervention peut inclure l’évaluation des besoins en aides techniques (coussins, lits adaptés, barres de soutien), la recommandation de positionnements qui réduisent la douleur, ou encore l’enseignement de techniques sécuritaires pour les transferts et les soins quotidiens. Il peut aussi enseigner aux proches comment accompagner sans se blesser, ou comment aménager l’environnement pour favoriser l’autonomie et le confort.

Mais l’ergothérapie ne s’arrête pas là. Dans une perspective centrée sur la personne, elle prend en compte ce qui compte vraiment pour celle-ci à ce moment-là de sa vie : passer du temps avec des êtres chers, poursuivre des activités significatives à sa manière, cultiver ses habitudes, ou même préparer ses affaires personnelles. Cette approche vise à donner un sens à chaque instant, améliorer le bien-être et réduire l’isolement.

Pourtant, malgré ces contributions, cette profession demeure sous-utilisée en soins de fin de vie au Québec. Une étude sur la pratique des ergothérapeutes en soins palliatifs et de fin de vie révèle que, bien qu’ils puissent intervenir de façon très large, leurs interventions sont souvent limitées à des aspects techniques, comme les transferts ou l’adaptation de l’environnement. Cette restriction s’expliquerait en partie par une méconnaissance de leur rôle chez les autres professionnels de la santé et du public, ainsi que par des contraintes organisationnelles (manque de ressources, peu de temps alloué, référencement tardif, etc.).

Ce manque de visibilité a des conséquences directes sur la qualité des soins offerts aux personnes en fin de vie. En effet, lorsqu’un ergothérapeute est intégré tôt et de manière optimale à l’équipe de soins, il contribue à maximiser l’autonomie, apaiser l’inconfort, prévenir des complications (ex. : des plaies de pression) et améliorer la participation aux occupations qui comptent pour la personne.

En somme, l’ergothérapie apporte une dimension humaine essentielle aux soins de fin de vie : elle place la personne au centre de son expérience, en valorisant ce qu’elle veut et peut encore vivre. Pour que chacun puisse bénéficier de cette approche, il est crucial de mieux la faire connaître auprès des soignants, des familles et de la population. Comprendre le rôle de l’ergothérapie, c’est contribuer à offrir une fin de vie plus digne, plus sereine et plus humaine.