Entrevue avec le Dr Lamarre

Haut-Richelieu

À l'occasion du mois de la sensibilisation à la maladie, découvrez les visages de celles et ceux qui nous permettent de poursuivre notre mission.

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Aujourd’hui, nous avons le privilège de recevoir Dre Marianne Lamarre, gériatre, qui travaille quotidiennement auprès des personnes vivant avec un trouble neurocognitif et de leurs proches.

À travers son expertise clinique et sa collaboration étroite avec notre organisme, elle nous offre un regard essentiel sur les défis, les besoins et les solutions qui existent pour mieux accompagner les familles. Son témoignage met en lumière non seulement l’importance du diagnostic et de la prise en charge, mais aussi le rôle incontournable du soutien communautaire dans le parcours de la maladie.

Nous remercions Dre Lamarre de contribuer à cette conversation qui, nous l’espérons, aidera à mieux comprendre et mieux soutenir les familles touchées

 

La vision clinique et le rôle du gériatre

Pouvez-vous nous parler brièvement de votre rôle comme médecin gériatre?

Le gériatre est le médecin spécialiste de la personne âgée. Notre expertise touche entre autres les troubles cognitifs, la perte d'autonomie, les troubles du comportement ou de l'humeur, la polypharmacie, les troubles d'équilibre et les maladies physiques liées au vieillissement. Je travaille autant auprès de patients hospitalisés que de patients en externe, que ce soit en clinique de gériatrie, en clinique de mémoire ou à l'hôpital de jour gériatrique. 

Quels sont les défis les plus fréquents que vous observez chez les personnes vivant avec un trouble neurocognitif et leurs proches?

Le diagnostic et la prise en charge des troubles neurocognitifs sont souvent faits trop tardivement pour toutes sortes de raisons. D'abord, plusieurs personnes âgées croient que leurs difficultés cognitives sont normales pour leur âge et ne jugent pas pertinent de s'y attarder. D'autres ne reconnaissent pas leurs propres difficultés, ce qui est parfois un symptôme de la maladie, et refusent de consulter. Le manque d'accès à la première ligne ainsi que le manque de connaissances ou de confiance des intervenants de première ligne en lien avec les troubles cognitifs sont aussi des obstacles au diagnostic et à la prise en charge adéquate. Ainsi, trop souvent, lorsque je rencontre un patient pour la première fois en consultation, le diagnostic aurait pu être posé il y a plusieurs mois déjà. Les proches aidants vivent déjà bien souvent de la détresse et un certain degré d'épuisement.

À quel moment dans le parcours d’un patient recommandez-vous habituellement une implication de notre organisme? 

Dès l'annonce d'un diagnostic de trouble neurocognitif majeur, ce qui se fait habituellement au premier rendez-vous. Je recommande les formations aux aidants et les activités de stimulation cognitive pour les patients et je mentionne le service de répit. Au besoin, je réfère les aidants directement via la plateforme Référence Aidance Québec. Par la suite, c'est au cas par cas selon les besoins qui émergent.

Selon votre expérience, quels sont les besoins non médicaux les plus criants chez ces familles? 

La formation des familles et leur préparation de l'avenir est essentielle à leur rôle de proches aidants. Toutefois, le besoin qui se fait ressentir de façon la plus urgente est celui d'un répit, principalement d'un accompagnateur formé qui se rend à domicile quelques heures chaque semaine pour tenir compagnie au patient, le stimuler au plan cognitif et surtout, permettre aux proches aidants de reprendre leur souffle. Un répit d'urgence de quelques jours où le patient est hébergé en milieu de soins est également un service que les familles demandent de plus en plus.

 

La collaboration avec votre organisme

Comment décririez-vous la collaboration entre votre équipe et notre organisme?

Nous entretenons des liens étroits avec la Société Alzheimer du Haut-Richelieu puisque nous poursuivons des objectifs similaires. Je suis en communication directe avec cet organisme quand j'ai des questions ou des idées de projets. J'ai reçois toujours un courriel de confirmation lorsque je réfère un proche aidant via la plateforme Référence Aidance Québec, ce qui est apprécié.

Selon vous, qu’est-ce que notre organisme apporte comme valeur ajoutée au parcours clinique d’un patient?

  • Offre de la formation et du soutien aux aidants même en amont du diagnostic formel;
  • Complémente l'offre de services des CLSC et autres organismes communautaires;
  • Permet d'alléger le fardeau des proches aidants et de préserver le maintien du patient dans son domicile plus longtemps.

Avez-vous observé des changements concrets chez vos patients qui participent à nos programmes?

J'ai quelques patients qui ont très hâte à leur journée d'activités à la Société Alzheimer chaque semaine. Du point de vue des aidants, je constate une amélioration de leur humeur et une réduction de leur stress autant lorsqu'eux-mêmes ou leur proche participe aux activités, ainsi que lors du répit à domicile.

En tant que médecin, qu’est-ce qui vous rassure ou vous aide le plus dans notre collaboration? 

L'enseignement de la maladie et la planification de l'avenir sont très importants et vont au-delà de ce que je peux offrir lors de mes rencontres avec les proches. De plus, je suis convaincue que les services d'activités et de répit permettent de maintenir les patients à la maison plus longtemps et ainsi d'éviter des consultations à l'urgence, des hospitalisations et des hébergements précoces.

Selon vous, pourquoi la collaboration entre le réseau de la santé et les organismes communautaires est-elle essentielle dans la prise en charge des TNC?

Les troubles cognitifs sont malheureusement très répandus et le réseau de la santé a ses limites en termes de capacités, de budget et d'employés. Les organismes communautaires permettent de complémenter les services du réseau public.

 

Une vision d’avenir pour le soutien Alzheimer

Quels sont, selon vous, les défis à venir pour les personnes vivant avec un TNC et leurs proches?

Le nombre de personnes atteintes de troubles cognitifs augmente alors que la première ligne médicale s'affaiblit malheureusement. Tel que mentionné précédemment, le moment de l'annonce du diagnostic déjà à mon avis souvent trop tardif, et cela ne risque pas de s'améliorer avec la situation médicale actuelle, malgré les initiatives gouvernementales (ex: Plan Alzheimer).

Quelles améliorations ou innovations souhaiteriez-vous voir dans les services offerts en communauté?

Mes patients vivant à St-Jean-sur-Richelieu sont très chanceux d'avoir la Société Alzheimer à Iberville, mais je trouve que ceux vivant en région plus éloignée ont moins de facilité d'accès aux services. Une offre de service plus étendue, ou encore un service mobile qui couvrirait une zone géographique plus large, pourraient être intéressants.

Quel message aimeriez-vous transmettre aux familles qui hésitent encore à aller chercher du soutien?

Il n'est jamais trop tôt pour s'informer sur la maladie ou demander de l'aide et il ne faut pas nécessairement attendre un diagnostic officiel sachant que celui-ci peut prendre plusieurs mois avant d'être confirmé.

Et enfin, que représente pour vous notre organisme dans le réseau?

Sans aucun doute un partenaire essentiel qui permet de compenser les zones d'ombres du réseau public et d'accompagner les patients et leurs proches tout au long de leur parcours.

Formation professionnelle

À travers notre programme de formation, nous vous proposons plusieurs solutions qui vous guideront dans l’art d’intervenir auprès d’une personne atteinte d’une maladie neurocognitive. Nos outils vous permettront d’enrichir vos connaissances et de consolider vos acquis en favorisant une approche centrée sur la personne.

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outillé pour mieux intervenir

Référer : un réflexe crucial

Les professionnels de la santé, des services sociaux et des milieux communautaires jouent un rôle essentiel dans l’accompagnement des personnes vivant avec un trouble neurocognitif (TNC) et de leurs proches.

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